CHOISIR SON ÉDUCATEUR CANIN

Choisir son éducateur canin

INTRODUCTION :

Il m’a semblé important de revenir sur ce sujet assez épineux et d’aller au-delà du simple réflexe de rejet, bien qu’assez compréhensible, en prenant le temps d’expliquer en quoi les préceptes prônés par la méthode éducative traditionnelle, dite « tradi », sont aujourd’hui complètement obsolètes et pourquoi vous ne devriez donc pas vous laisser séduire par un professionnel qui vous conseillerait dans ce sens.

Il va sans dire que ce post n’a pas pour but de culpabiliser ni de clouer au pilori ce membre du groupe, qui a sincèrement cru bon de partager ici les conseils que cet éducateur lui a donnés. Je ne doute pas un seul instant que cela partait d’une bonne intention de sa part et qu’elle cherche à faire au mieux pour son chien, bien entendu.
Aussi, j’en appellerai à votre bienveillance dans les commentaires, sans compter que cet éducateur n’a pas hésité à lui dire qu’il s’inspirait de l’éducation positive pour son approche, sans doute pour la mettre en confiance. Une inspiration très très très lointaine alors… d’ailleurs, je la cherche encore.

Méfiance donc. L’éducation positive étant devenue à la mode, puisque considérée comme une méthode moderne, basée sur des études éthologiques récentes et sur le respect de la nature du chien, beaucoup d’éducateurs « tradi » n’hésitent pas à arranger la vérité -pour ne pas dire mentir- afin de rassurer leurs clients et de les faire adhérer plus facilement à leur approche pourtant souvent moyenâgeuse.
Bref, si vous tombez sur un pro qui vous tient un discours qui ressemble de près ou de loin à celui que vous allez lire sur les pages suivantes, fuyez !!!

Pour rappel, l’éducation positive n’utilise aucune violence, aucune contrainte, physique ou psychologique, ni aucun outil coercitif. Elle se pratique en faisant appel à la seule motivation du chien, en lui laissant toujours la possibilité de bien faire et en renforçant ses bons comportements.

• POURQUOI la méthode conseillée par cet éducateur est une ineptie ?

Rentrons maintenant dans le vif du sujet. Afin de tirer le vrai du faux, nous allons donc relever tout ce qui est dit dans ce petit guide pratique et y répondre, point par point, preuves scientifiques à l’appui.

Exemple numéro 1

Là, on attaque fort d’entrée de jeu : l’éducateur vous encourage à vous conduire en « chef de meute », à devenir un « Alpha », en soulignant l’importance que la hiérarchie soit respectée sous votre toit et en faisant de vous un maître omnipotent, qui dominera et dictera toute la vie de votre chien, de l’alimentation à l’espace de vie, en passant par les contacts… et même la sexualité. Rien que ça !

Ok, soit, pourquoi pas. Un seul petit hic : les concepts d’alpha et de hiérarchie n’existent pas chez le loup… et donc encore moins chez le chien.

Puisque tout le gentil programme de ce Monsieur repose principalement sur ces notions, attardons-nous un peu dessus.
Pour la petite histoire, il faut savoir que la symbolique autour de la meute de loup, au sommet de laquelle un individu incontesté prédominerait, s’est particulièrement faite remarquer durant la seconde guerre mondiale avec les nazis, très séduits par cette idée d’une parfaite hiérarchie, gage d’une discipline et d’un ordre absolus, imposés par la terreur et la force si besoin. Hitler donnera d’ailleurs le nom de « Wolfsschanze », la tanière du Loup, à l’un de ses principaux QG (ehhh oui, j’ai réussi à atteindre le point Godwin dans un post éducatif).
Le terme « Alpha », lui, apparaitra officiellement dans les années 70, suite aux études et à la sortie d’un livre écrit par le scientifique David Mesh, mettant en évidence l’existence d’un système hiérarchique pyramidal au sein de la meute : Le loup, écologie et comportement d’une espèce en danger. Ainsi, dans ce système, un individu domine tous ceux qui lui sont inférieurs, avec un accès prioritaires à toutes les ressources, le couple « Alpha » figurant bien évidemment au sommet de ce schéma : l’individu A domine l’individu B, l’individu B domine l’individu C, et donc l’individu A domine également l’individu C, etc.
Ce concept rencontre un franc succès et se répand très rapidement, tant auprès de la communauté scientifique de l’époque que du grand public. Il perdure jusqu’en 1999, date à laquelle ce même David Mesh, revient totalement sur ses déclarations et ses conclusions, parlant non plus désormais d’une hiérarchie pyramidale pour une meute mais d’une structure familiale, composée d’un couple de reproducteurs et de ses petits, dont les décisions ont pour seul but la survie de la meute. Ce revirement est dû aux conditions d’observations : la première fois, il s’agissait d’une meute recomposée artificiellement par l’homme, avec des loups réunis dans un lieu clos (sur une île, de mémoire) alors que la fois suivante, il s’agissait de meutes à l’état sauvage et évoluant librement dans leur environnement. En effet, on peut comprendre que cela change tout : imaginez la valeur scientifique d’une étude sociologique sur l’Homme en se basant sur l’observation de détenus dans une prison…
Malgré ses nombreuses demandes, sont éditeur refusera toujours de mettre à jour son livre, le mythe de « l’Alpha » étant sans doute bien plus vendeur que celui du père au foyer.

Soit, mais si « l’Alpha » chez le loup n’existe pas, qu’en est-il chez le chien ?

Inutile de tergiverser : il n’existe pas non plus, bien entendu. D’ailleurs, s’amuser à faire un parallèle entre le loup et le chien a à peu près autant d’intérêt aujourd’hui que d’en faire un entre le singe et l’homme. Pour rappel, la domestication du chien remonte à plus de 15 000 ans. Autant dire qu’il est bien loin le loup.
Donc, puisque « l’Alpha » et la hiérarchie entre chiens n’existent pas non plus, quel est l’intérêt d’essayer de la mettre en place entre son chien et soi ? Honnêtement, aucun, puisque c’est de toute façon impossible : un chien n’essaiera pas plus de vous dominer qu’il n’essaierait de le faire avec un petit poussin ou un toaster. Par ailleurs, il sait clairement que vous n’êtes pas un chien. Bref, la dominance inter-espèces n’existe tout bonnement pas chez lui.

Dès lors, la ribambelle de conseils donnés par cet éducateur sur la gestion de l’alimentation tombent à l’eau. Il n’y a aucun intérêt à manger avant son chien, pas plus qu’à l’isoler quand il mange ou à le faire manger une fois par jour le soir. Lui demander d’attendre pour avoir sa gamelle n’a rien à voir avec une quelconque soumission de sa part : c’est simplement lui apprendre l’auto-contrôle, à savoir comment gérer son excitation ou sa frustration.
Pire : conseiller de lui retirer sa gamelle au bout de quinze minutes n’a non seulement aucun sens, mais cela pourra en plus déclencher de la protection de ressources chez votre chien puisque vous deviendrez synonyme de privation à ses yeux.
Seuls les deux derniers points sont à retenir, et pour cause : il ne s’agit pas d’éducation mais simplement d’une prévention d’ordre médical d’un coté et d’un besoin physiologique essentiel de l’autre.

Exemple numéro 2

– La punition : au-delà du fait qu’un isolement de 20 minutes ne sert strictement à rien, le chien ne faisant absolument pas le rapport entre votre action et ce qui s’est passé 20 minutes plus tôt, il ne doit pas être utilisé à tort et à travers. Si vous l’isolez parce qu’il a eu le malheur de vous regarder pendant que vous mangiez, c’est juste ridicule. Vous ne voulez pas qu’il quémande à table ? Ne lui donnez tout simplement pas cette habitude en premier lieu. Donnez-lui une occupation. Ça fera tout aussi bien l’affaire.
Quant au fait de devenir « l’esclave de votre chien »… j’en ris encore.

– La gestion de l’espace : en voilà encore une belle ânerie, le chien n’étant pas un animal territorial.
Donc, tous les conseils qui suivent sont à jeter à la poubelle. Que vous n’autorisiez pas l’accès à votre canapé ou votre chambre à votre chien pour des raisons d’hygiène, je peux l’entendre. Que ce soit pour des raisons de territoire, suggérant que votre chien n’est qu’un invité chez vous et qu’il doit se comporter comme tel, c’est juste absurde.

– La gestion des contacts : là aussi, beaucoup de trucs à jeter. S’il est vrai qu’il ne faut pas forcément répondre à toutes les demandes d’attention d’un chiot, notamment pour l’apprentissage à l’indépendance, dites-vous bien que vous ne serez pas non plus les seuls à décider des interactions avec votre chien et qu’il aura aussi son mot à dire. Certains Shiba Inu étant en plus particulièrement indépendants, vous en viendrez parfois presque à supplier le vôtre pour qu’il s’intéresse à vous.

Exemple numéro 3

– La gestion de la sexualité : là, on atteint des sommets. C’est presque ma partie préférée, avec ce fameux statut « d’Alpha » qui nous fait osciller entre complexe d’infériorité et pensées à tendances zoophiles, relativement assumées.
Tout cela est gentiment illustré en une phrase : « Ne faites jamais saillir votre chien tant que vous ne serez pas devenu Alpha aux yeux de celui-ci ». C’est juste dingue de lire une telle chose en 2019. Vous vous voyez régir la sexualité d’un poisson rouge, vous ?

– Apprentissage de la solitude : là, soyons honnêtes, c’est plutôt correct.
C’est bien expliqué, étape par étape et les éléments sont justes. On oubliera la partie où on demande aux invités d’ignorer le chien en arrivant, le but d’une socialisation réussie étant justement de laisser le chiot venir recueillir des informations sur les nouvelles personnes qu’il rencontre, s’il en a envie. La gestion de l’excitation, elle, tient encore de l’apprentissage des auto-contrôles. A noter qu’il nous remet un petit coup « d’Alpha » au passage. Ça ne fait pas de mal, hein.

Exemple numéro 4

Pas grand chose à dire non plus, si ce n’est que si un chien détruit par exemple, cela ne correspond pas à une demande d’attention ou à un caprice, comme il le suggère, et que, non, ça ne se réglera pas tout seul, à coups de répulsif partout dans la maison, en ignorant le problème.
S’il y a un souci comportemental durant vos absences (aboiements, déjections, destructions), il y a de vraies causes derrière auxquelles il faut s’intéresser : anxiété de séparation, ennui…
Des protocoles efficaces à mettre en place existent.

On laissera volontairement de coté le discours de motivation final, reprenant tout le blablah habituel sur le rôle « d’Alpha ». Aucun intérêt puisqu’il n’existe pas et que croire à ce concept à l’heure actuelle, pour l’éducation de son chien, a autant de sens que de continuer à croire que la Terre est plate.

CONCLUSION

Si nous avons donc vu que cette approche éducative repose essentiellement sur des notions scientifiquement caduques et obsolètes, et quel que soit votre choix au final, n’oubliez pas que votre chien ne cherche pas à vous dominer : c’est un être sensible, invité à partager sa vie avec vous dans un univers régi par des règles et une logique qui ne sont pas les siennes. Il n’a aucun intérêt à vouloir se placer au-dessus de vous, pas plus que vous n’aurez d’intérêt à vouloir le placer en-dessous. Il fait partie de votre famille et ne demande pas à être devant vous, ni derrière, mais simplement à vos cotés.
Le rôle de l’éducation, c’est de faire de vous son guide. C’est de lui enseigner vos usages, pour son bien-être et sa sécurité dans notre société, tout en respectant sa nature de chien. C’est être patient, compréhensif, tout en renforçant ses bons comportements. Le chien étant un animal opportuniste, qui prend donc ses décisions en fonction de la satisfaction immédiate qu’il peut en tirer, à vous de lui montrer qu’il aura toujours plus intérêt à bien faire et à suivre vos directives.
Par contre, vouloir tout contrôler et le dominer, comme c’est largement conseillé par la méthode de cet éducateur c’est, au choix, prendre le risque de se retrouver avec un chien éteint, sans personnalité qui ne proposera plus aucun comportement et ne prendra plus aucune initiative, ou alors de se retrouver avec un chien tellement frustré qu’il finira par en devenir agressif, avec parfois des morsures redirigées, que ce soit sur un humain ou sur un chien, qu’il rencontrera au détour d’une rue.

Bref, votre relation avec lui vaut mieux que ça et c’est vraiment à considérer lorsque vous choisirez votre approche pour l’éduquer.

Découvrez le rôle de l’assistant vétérinaire

Commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *